« Une possibilité intéressante est que ce gène pourrait être impliqué dans d'autres anomalies fréquentes du milieu du visage, comme le bec de lièvre et la fente palatine », observe dans un communiqué le Dr Louis Ptacek (Howard Hughes Medical Institute, université d'Utah) qui a dirigé le consortium international. « Même cela n'est qu'une hypothèse, ajoute-t-il, il se pourrait que des mutations sporadiques de ce gène causent des troubles cardiaques isolés qui sont restés inexpliqués. Par exemple, de telles anomalies génétiques rares pourraient, de façon concevable, être l'une des causes du syndrome de mort subite du nourrisson », observe-t-il.
Le syndrome d'Andersen, décrit pour la première fois en 1971, est caractérisé par une paralysie musculaire périodique, une arythmie cardiaque et des malformations variées incluant une petite taille, une scoliose et des déformations du visage. Le trouble peut être sporadique ou transmis selon un mode autosomique dominant (avec une expression variable).
« Bien que ce syndrome ait été décrit il y a plusieurs décennies, on ignorait tout de sa cause », commente le Dr Ptacek. « C'est un trouble tellement rare qu'il nous a fallu plus de dix ans pour rassembler les seize familles décrites dans l'etude. »
L'équipe a d'abord conduit une étude de liaison génétique auprès d'une grande famille affectée et a trouvé un lien entre le trouble génétique et une région du chromosome 17q23. Une recherche dans la base de données du génome humain a révélé que cette région contient trois gènes codant pour des canaux ioniques. En examinant de plus près l'un des gènes, les chercheurs ont découvert que le gène KCNJ2 est muté chez tous les membres affectés de la famille. En revanche, aucune mutation de ce gène n'a été trouvée chez 100 témoins non affectés. De plus, des mutations du gène ont été trouvées chez 8 autres patients non apparentés.
La preuve définitive de la responsabilité du gène a été apportée par l'insertion du gène muté dans des œufs de grenouille. Cette expérience démontre que les mutations du gène réduisent considérablement le courant de potassium à travers le canal Kir2.1.
L'excitabilité cellulaire
Ces observations démontrent que « des mutations dans le canal Kir2.1 causent le syndrome d'Andersen », conclut l'équipe. « Elles suggèrent que le canal Kir2.1 joue un rôle important dans le signal du développement en supplément de son rôle déjà reconnu dans le contrôle de l'excitabilité cellulaire dans le muscle squelettique et dans le cœur. »
Il est à noter que ce gène n'est peut-être pas la seule cause du syndrome d'Andersen. Des mutations dans d'autres gènes Kir ou dans des protéines régulatrices pourraient être en cause. Par cette découverte, le syndrome d'Andersen s'ajoute à la liste rapidement croissante des « canalopathies », le terme utilisé maintenant pour désigner les maladies causées par un canal à ions défectueux. La première mutation d'un canal à ions contribuant à un trouble épisodique a été identifiée il y a près de dix ans : la mutation du canal à sodium SCN4A causant la paralysie périodique hyperkaliémique.
Des prédictions confirmées
« Lorsque nous avons cloné le premier gène d'une canalopathie, nous avons prédit que des arythmies cardiaques, des épilepsies et certaines migraines pourraient être causées par des gènes homologues codant pour des canaux à ions. Ces prédictions se sont confirmées, et cette découverte étend cette relation en liant les canalopathies à une seule maladie qui présente des anomalies du muscle et du cœur », commente le Dr Ptacek. « La seconde implication intéressante est que c'est le premier exemple chez l'homme d'une anomalie d'un canal ionique provoquant des anomalies à la fois du muscle et du développement. » Les chercheurs essaient maintenant de savoir si ce canal ionique défectueux pourrait être responsable d'autres troubles.
« Cell » du 18 mai 2001, p. 511.
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